Hitler et les femmes... un bourreau des coeurs

Des milliers de lettres d'amour, fanatiques, hystériques....

hitler et sa niece geli raubal
.Des milliers d'individus allaient subir cet envoûtement : des hommes, des femmes aussi, dont trois au moins tentèrent de se donner la mort à cause d'Adolf Hitler.
Toutes, et non pas seulement parmi les Allemandes — la propre fille de l'ambassadeur des États-Unis à Berlin, Dodd, s'ouvrit les veines dans sa baignoire —, elles étaient littéralement subjuguées, électrisées, par l'irrésistible ascendant que Hitler exerçait sur la plupart de ceux qui l'approchaient. Des milliers de lettres d'amour, fanatiques, hystériques, parvinrent à ce bourreau des cœurs nommé Adolf Hitler.
De 1932 à 1945, l'actrice Pola Negri, Leni Riefensthal, la cinéaste officielle du 111e Reich, Winnifried Wagner, belle-fille du maître de Bayreuth, la vedette de l'écran Anny Ondra figurèrent parmi ses liaisons réelles ou supposées.
Et c'est bien une femme qui allait devenir l'un des secrets les plus jalousement et les plus efficacement gardés du Reich nazi. Elle portait le nom de la première compagne de l'homme, Eva. C'est une longue, étrange et ténébreuse histoire.
A l'origine, un coup de feu, une mort mystérieuse. A Munich, en 1931, une petite Autrichienne dé vingt-trois ans se tira une balle dans le coeur. La morte s'appelait Angela Maria Raubal ( gauche ) elle était la propre nièce de Hitler et de près de vingt ans plus jeune que lui.
Quels motifs avaient pu conduire Geli Raubal à se donner la mort Depuis deux ans, Hitler vivait avec elle et sa mère — qui n'était réellement que sa demi-soeur — sous le même toit.
Geli, la belle Viennoise à la chevelure de jais, avait-elle cherché à se faire épouser par son oncle Adi..dont la popularité, qui ne lui était pas indifférente, ne cessait de grandir en Allemagne ? Ou est-ce le contraire qui s'était produit : amoureux de sa nièce, Hitler manifesta-t-il l'intention d'en faire sa femme, alors que cette passion n'était pas partagée par la jeune fille et que celle-ci, peut-être, aimait un autre homme ?
La morte de Munich emporta son secret. A moins que ce secret n'eût été partagé par d'autres, qui, l'ayant connu ou suspecté, furent massacrés, le 30 juin 1934, au cours de l'extermination massive de la « Nuit des longs couteaux ».
Incontestablement, Hitler avait aimé la jeune fille, et même, semble-t-il, profondément, passionnément. Durant des années, il en resta accablé. A Berchtesgaden comme à Berlin, des portraits de Geli, aux grands yeux sombres, vive et gaie, étaient accrochés aux murs de sa chambre et régulièrement fleuris pour les deux anniversaires de sa naissance et de sa mort.
Or, avant de mourir, Geli Raubal avait déchiré une lettre, subtilisée dans le portefeuille de Hitler, et dont les morceaux avaient été laissés en évidence sur la table de sa chambre. Au bas de la lettre, une signature : Eva.
eva Braun
Quelle signification la jeune suicidée avait-elle voulu conférer à son geste ? La première rencontre de Hitler et d'Eva Braun, jolie Bavaroise blonde de Munich, remontait à l'automne de 1929. Quelques mois plus tard, entre les pages d'un album de cuir vert, celle-ci rangea une orchidée jaune aux pétales desséchés, premier cadeau d'un monsieur d'un certain âge avec une drôle de moustache... L'orchidée voisinait avec une photo dédicacée d'Adolf Hitler portant cette date : Noël 1929. Geli se tua à la fin de l'été de 1931. La liaison de Hitler et d'Eva Braun prit un caractère d'intimité vers le début de l'été de 1932. Moins d'un an plus tard, les nazis arrivaient au pouvoir. Hitler avait plus de quarante ans -, Eva allait en avoir vingt et un.
A partir de ce moment, quelle que fût la force des liens qui les unissaient, Eva Braun sut que Hitler — sauf circonstances imprévisibles et exceptionnelles — ne consentirait jamais au mariage. Il n'en faisait, d'ailleurs, aucunement mystère : « Je suis déjà marié, disait-il. Mon épouse, c'est l'Allemagne... » Et, à Eva, Hitler refusa une seconde chose : « Pas d'enfants », et, puisqu'il s'était interdit toute union officielle, « pas de naissance clandestine ou illégitime ».
Alors, résignée, reléguée à Berchtesgaden, dans les montagnes de l'Obersalzberg, Eva se mit à avoir recours à des contraceptifs.
Elle utilisa aussi autre chose en l'espace de trois ans : en 1932, Eva Braun se logea une balle de revolver près de la carotide — et se manqua en 1935, après une nouvelle crise de solitude et de désespoir, elle absorba une dose massive de barbituriques — et fut ranimée à temps.
D'après des témoignages recueillis par l'historien américain Nerin E. Gun, les relations de Hitler et d'Eva Braun couvrant la période de treize années où l'un passa de quarante-trois à cinquante-six ans et l'autre de vingt à trente-trois ans n'auraient été rien de moins que normales.
En réalité, les périodes d'intimité entre Eva Braun et Hitler se révélèrent finale ment assez rares : leurs rencontres se trouvaient continuellement entravées par les incessants déplacements de Hitler et par les charges écrasantes qu'il assuma à partir du déclenchement du second conflit mondial.
Officiellement, Eva Braun ne possédait aucune espèce d'existence. Elle n'était invitée ni aux grands bals de la Chancellerie, ni aux galas de l'Opéra, ni à aucune sorte de réception, ou bien elle n'y assistait que de loin, mêlée à la foule des invités anonymes. Et si ses dépenses étaient effectivement couvertes par le budget gouvernemental, elle devait, pour gagner son appartement du palais de la Chancellerie, à Berlin — lequel se trouvait être ironiquement l'ancienne chambre à coucher du maréchal Hindenburg —, emprunter l'entrée réservée au personnel subalterne.
A Berchtesgaden, Eva était instantanément consignée chez elle, dès que des personnalités de marque étaient annoncées : Neville Chamberlain, le duc de Windsor, les rois de Roumanie, de Suède, de Bulgarie, ou l'Agha Khan.
Seuls, les services secrets étrangers étaient arrivés à découvrir son existence. Mais son passeport, comme son permis de chemin de fer, la désignait comme simple dactylo, une des innombrables secrétaires travaillant pour le gouvernement du Reich.
En 1939, Hitler lui offrit une des premières Volkswagen (que les autres citoyens du Reich acquéraient pour 900 marks avec des timbres mensuels prélevés sur leur salaire). L'inventaire des bijoux d'Eva Braun, dressé par elle en 1944, reste assez stupéfiant. Ses chaussures venaient de chez Ferragamo, le bottier florentin, ses chemises de nuit étaient commandées à Rome, ses ensembles de sport à Vienne, ses sacs chez Lederer, le plus célèbre maroquinier de Berlin, où elle était la terreur des vendeuses du Kurfürstendamm.
Ses factures étaient acquittées par les soins de Julius Schaub, l'aide de camp de Hitler, ou par Bormann — qu'Eva haïssait —, du secrétariat particulier du Führer. Mais ce dernier fronçait les sourcils s'il venait à apprendre qu'une commande avait été passée à Paris :
— Et pourquoi ces parfums français? Est-ce que ce ne sont pas les Allemands qui ont inventé l'eau de Cologne ?
Il est assez vraisemblable qu'Eva Braun ne compta pas de rivale sérieuse. Pour Hitler, tout individu, toute personne, son chien comme sa cuisinière végétarienne, ne se trouvait là qu'en vue d'une fonction nettement définie.
Dans cette perspective, quelles furent la raison d'être et la place assignée à Eva Braun dans l'économie de la vie privée du chef du Ille Reich? Peut-être, simplement, en fin de compte, un alibi. Et, durant treize années, Eva Braun accepta cette condition.
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